Pac-Man, le célèbre héros de jeu vidéo, fête ses 30 ans de notoriété. Ce héros discret et généreux a bien voulu m’accorder un entretien que je vous livre ici en exclusivité.

Grégoire : Pac-Man, comment prenez-vous l’hommage de Google, qui vous a consacré le premier logo interactif de l’histoire de cette société?

Pac-Man : J’ai été surpris quand Larry Page, cofondateur de Google, m’a appelé pour me demander de jouer pendant 48 heures dans le logo de sa société. Cela faisait plusieurs années que je n’étais plus apparu sur les écrans d’ordinateurs et quand le premier moteur de recherche mondial vous fait une telle proposition, tout héros de jeu vidéo se doit d’accepter, pour ne pas décevoir son public.

Google Pac-Man

GC : Combien de temps vous a-t-il fallu pour prendre cette décision?

P-M : Très peu. Vous savez, je suis un homme d’action, j’aime aller de l’avant.

GC : Faut-il voir, dans votre retour, un lien avec la récente déclaration de Larry Page : "Notre ambition est d’organiser toute l’information du monde, pas juste une partie"?

P-M : (rire) Oui, effectivement, ces jeunes entrepreneurs sont un peu comme moi. Ils ne peuvent pas se contenter de manger la moitié des pastilles.

GC : Est-il indiscret de vous demander si Google vous a payé?

P-M : Oui, j’ai été payé. Et pour être franc avec vous, j’avais besoin de cet argent.

GC : Pac-Man avait faim?

P-M : Ne riez pas, Monsieur Colbert. Beaucoup de héros de jeux vidéos, surtout ceux qui ont eu du succès, croient qu’ils pourront vivre de leurs rentes. Mais la réalité est toujours plus complexe que ça, et personne n’est à l’abri de la déchéance. Moi-même, c’est mon banquier qui m’a ruiné, en me conseillant d’investir sur les marchés financiers.

GC : Il y a quand même Super Mario, dont la carrière ne semble pas devoir s’arrêter...

P-M : (soupir) Je ne veux pas parler de Monsieur Bros, car on risquerait de croire que je suis jaloux. Tout ce que je peux dire, et que du reste chacun peut constater, c’est qu’il n’a pas bâti son immense fortune en restant plombier.

GC : Revenons-en à vous. Que pouvez-vous nous dire sur votre jeunesse?

P-M : Je suis un enfant de la guerre froide. À l’époque, l’Union Soviétique et les États-Unis étaient totalement paranoïaques. Ils accumulaient les missiles intercontinentaux de peur d’être vitrifiés sans avoir eu le temps de riposter. C’était de la folie, car une guerre nucléaire de grande ampleur aurait anéanti la vie sur Terre, à cause de l’hiver nucléaire et des retombées radioactives. Tout le monde avait peur. Au Japon, nous n’avions plus de forces militaires depuis 1945, et ce sont les Américains qui assuraient notre défense. C’est dans ce contexte assez traumatisant que j’ai grandi.

GC : Quel âge aviez-vous quand vous avez signé chez Namco?

P-M : J’avais à peu près 20 ans.

GC : Racontez-nous comment ça s’est passé.

P-M : En 1978, Taito avait connu l’un des premiers succès du jeu vidéo avec Space Invaders. Il s’agissait d’un unique vaisseau qui devait barrer la route à des escadrons d’envahisseurs extraterrestres. L’allusion à la guerre froide était limpide. Namco ne pouvait pas rester sans réagir et c’est ainsi qu’est né mon personnage.

GC : Vous voulez dire qu’il y a un lien entre le jeu qui vous a rendu célèbre et la guerre froide?

P-M : Bien évidemment! Le joueur devait me guider dans un labyrinthe afin que je puisse manger tout ce qui s’y trouve. J’ai contribué à faire aimer la société de consommation!

GC : Ça alors! Et à quoi servaient les fantômes?

P-M : Les fantômes étaient là pour pimenter le jeu, et bien sûr ils représentaient les communistes : ils ne consommaient pas, et leur seul but dans la vie, c’était de m’empêcher de manger! (rire) C’est d’ailleurs moi qui ai suggéré à Namco que le fantôme le plus dangereux soit le rouge.

GC : Ça alors, c’est sensationnel! Je sens que je vais exploser mon compteur de visites suite à ces révélations.

P-M : Alors je peux même faire mieux, et vous aider à trouver un titre accrocheur : ce jeu a tellement déplu aux Soviétiques qu’ils ont envoyé un agent du KGB pour me proposer d’incarner un héros de la classe ouvrière, dans un jeu de construction.

GC : Et vous avez refusé?

P-M : Oui, et les Soviétiques ont fait Tetris sans moi.

GC : Incroyable! Je vous remercie, Pac-Man, pour cet entretien qui remet votre carrière dans une perspective historique nouvelle.

P-M : Merci à vous.