De quoi ça parle? De la recherche d’une théorie économique permettant d’envisager la justice sociale…
Deux généralités en guise d’introduction : il ne peut y avoir de justice sans équilibre, et il est plus facile de perdre l’équilibre que de le trouver.
Conséquence immédiate : si les mots «justice sociale» doivent avoir un sens, ils ne peuvent que désigner un équilibre, et on n’atteindra pas la justice sociale sans la chercher.
D’où il découle une invalidation des théories actuelles : toute théorie économique qui n’est pas construite autour de cette notion d’équilibre mais autour d’une idée de maximisation aboutit, lorsqu’elle est mise en application, à une société déséquilibrée, donc injuste et économiquement inefficace. C’est en particulier le cas de :
- la théorie qui vise à maximiser le capital des individus (capitalisme),
- la théorie qui promet la liberté infinie aux individus (libéralisme économique).
Aucune de ces deux théories ne contient la moindre notion d’équilibre entre l’intérêt de l’individu et l’intérêt de la société. Or c’est l’articulation des deux intérêts, le particulier et le général, qui doit guider la recherche d’une théorie économique réellement efficace.
Tentative de formalisation : si l’on doit apprendre des erreurs du passé, il faut inventer une théorie économique basée sur la notion d’équilibre, dans laquelle accumuler à l’infini du capital sera contraire à l’intérêt individuel. Autrement dit, il faut inventer un système économique dans lequel chacun a intérêt à dépenser l’argent qu’il a.
Idée concrète n°1 : mettre en place un taux d’intérêt négatif au-delà d’un niveau d’épargne. L’argent qui serait au-dessus de ce seuil «rouillerait» au lieu de «fructifier»… Les riches seraient donc ceux qui savent dépenser régulièrement l’argent qu’ils gagnent, contrairement au système actuel, où les riches sont ceux qui font «fructifier» leur magot en ne touchant qu’aux intérêts et jamais au capital lui-même (on les appelle les rentiers, et parmi eux, on trouve beaucoup d’actionnaires). L’argent serait au corps social ce que l’oxygène est au corps humain : nous ne prenons que ce dont nous avons besoin, et le reste continue de circuler au bénéfice de la collectivité. Ce système marche depuis que la Terre existe, et je ne vois pas pourquoi il ne serait pas possible de le transposer dans le domaine économique.

Il y a des limites à tout, Raymond…
J’ai soumis ce message aux excellentes personnes qui me lisent (et que je lis aussi) sur Google+, ce qui a donné quelques retours très intéressants que je résume ci-dessous.
Critique n°1 : ça existe déjà (monnaie locale qui rouille quand on ne s’en sert pas, finance islamique)
Oui et non. Oui, les deux m’ont inspiré, mais l’idée c’est d’avoir un taux d’intérêt positif en-dessous d’un certain seuil, et un taux d’intérêt négatif au-dessus du seuil. Je ne crois pas que cela ait déjà été imaginé. L’objectif est de favoriser à la fois la «petite épargne» (qui est une bonne chose car elle permet aux gens de ne pas être pris à la gorge en cas de coup dur) et de défavoriser la «grande épargne» (qui est une mauvaise chose car les détenteurs de capitaux mettent une pression considérable sur les grandes entreprises, pression qui se répercute sur les travailleurs).
Critique n°2 : ça ne met pas fin au consumérisme
Si j’ai bien compris, le «consumérisme» désigne un modèle économique basé sur les verbes produire/consommer/travailler? J’admets la critique : l’idée n°1 ne transformera pas radicalement le modèle économique. En fait, c’est voulu, car je crois qu’il faut «penser petit» : partir de l’existant, voir un problème, proposer un changement. Or l’un des plus gros problèmes actuels c’est l’injustice sociale : on trouve des gens qui travaillent sans jamais voir s’améliorer leur condition de vie, et des gens dont la condition de vie s’améliore alors qu’ils ne travaillent pas. Comment espérer un peu plus de justice sociale sans que les conservateurs ne disent «c’est de l’utopie»? Je crois qu’il faut inventer des mécanismes simples, que la majorité de la population pourra trouver raisonnables.
Critique n°3 : ça oblige les rentiers à travailler sous peine de se retrouver SDF
L’épargne au-dessus du seuil serait progressivement (-2% par an par exemple) réinjectée dans la sphère publique, ce qui contribuerait à financer les «filets de sécurité». Mais effectivement, l’idée est quand même de pousser les gens à travailler, à ne pas être des «purs consommateurs» qui vivent de mieux en mieux grâce au seul «travail» de leurs intérêts. Le but c’est de rappeler à tout le monde que les intérêts sont le résultat du véritable travail humain. Un peu d’intérêts, ça va, beaucoup, ça ne va plus.
Critique n°4 : c’est facilement contournable (marché de l’art, immobilier)
Oui, mais de changer les règles du jeu au niveau des banques rendrait le «rentisme» plus difficile. Si les gens veulent acheter des tableaux, des yachts, des villas ou des voitures de luxe, qu’ils le fassent : leur argent fera tourner la machine économique, et il ne «travaillera plus» à leur seul profit, en contribuant en réalité à l’exploitation des travailleurs sur la planète.
Je laisse de côté le cas des investissements en actions, qui amène un autre problème : faut-il que le capital soit aussi libre? Est-ce bon, dans un moteur, que l’huile soit trop fluide?…




















